En bref

Le doryphore (Leptinotarsa decemlineata) est un coléoptère de la famille des chrysomélidés, ravageur de la pomme de terre et des autres solanacées. L'adulte, bombé et d'environ 1 cm, porte des élytres jaunes à dix rayures noires ; sa larve, molle et rouge, est le stade le plus destructeur. Originaire de l'ouest américain, il est arrivé en France vers 1922. Sa nuisibilité tient à sa voracité, à sa résistance aux insecticides et à son manque de prédateurs naturels en Europe. Il est inoffensif pour l'homme.

Un coléoptère de la pomme de terre

Le doryphore appartient à l'ordre des coléoptères et à la famille des chrysomélidés, celle des « chrysomèles » mangeuses de feuilles. Son nom scientifique, Leptinotarsa decemlineata, dit l'essentiel de son allure : decemlineata signifie « à dix lignes », en référence aux dix bandes noires qui ornent ses élytres jaune orangé. On l'appelle aussi chrysomèle de la pomme de terre, du nom de sa plante de prédilection. Le mot « doryphore » lui-même vient du grec doruphoros, « le porteur de lance » ; par glissement, il a longtemps servi d'expression populaire en français, y compris comme surnom donné aux soldats d'occupation durant la Seconde Guerre mondiale — un usage qui n'a rien à voir avec l'insecte, mais qui explique certaines recherches.

Un envahisseur venu d'Amérique Le doryphore est originaire de l'ouest de l'Amérique du Nord, où il vivait sur des solanacées sauvages avant que la culture de la pomme de terre ne lui ouvre un boulevard. Il a gagné l'Europe au tournant du XXe siècle et s'est installé en France à partir de la région de Bordeaux, vers 1922, avant de se généraliser. Cette origine lointaine est au cœur du problème : sur notre continent, il n'a pratiquement pas d'ennemi naturel qui lui soit adapté.

Reconnaître le doryphore à chaque stade

Le doryphore change complètement d'aspect au fil de sa vie, et c'est souvent la larve — le stade le plus vorace — que l'on découvre sur les feuilles. Savoir distinguer les trois formes évite bien des confusions, notamment avec la coccinelle, dont la larve et les œufs peuvent tromper l'œil.

StadeAspectOù l'observer
ŒufPetits œufs jaune orangé, dressés et groupés en amasSous les feuilles, face inférieure
LarveMolle, rouge à orangé, bossue, tête et pattes noires, deux rangées de points noirsSur le feuillage, en train de le dévorer
AdulteColéoptère bombé d'environ 1 cm, élytres jaunes à 10 rayures noiresSur les plants, au sol, en vol par temps chaud

Ces confusions sont fréquentes : la larve rouge et les amas d'œufs orangés sont parfois pris pour ceux d'une coccinelle, pourtant alliée du jardin. La distinction est détaillée dans la page consacrée à la larve de doryphore et celle des œufs de doryphore de ce guide. Certains cherchent aussi un insecte ressemblant au doryphore : plusieurs chrysomèles rayées existent, mais aucune ne s'attaque à la pomme de terre avec cette voracité.

Pourquoi il est si redoutable

Trois facteurs se conjuguent pour faire du doryphore l'un des ravageurs les plus tenaces du potager.

  • Une voracité extrême. Adultes et larves dévorent le feuillage ; une population installée peut défolier un rang de pommes de terre en quelques jours, compromettant la récolte de tubercules.
  • Presque pas de prédateurs en Europe. Venu d'Amérique, il n'a pas d'ennemi naturel bien adapté ici. De plus, il concentre dans son corps les substances toxiques de la solanacée dont il se nourrit, ce qui le rend peu appétant pour les oiseaux — d'où l'intérêt croissant pour la question de ses prédateurs.
  • Une résistance aux insecticides. Le doryphore est un cas d'école : il développe rapidement des résistances aux matières actives, au point que de nombreux produits chimiques ont perdu leur efficacité, comme le documentent les instituts agronomiques (INRAE, Arvalis).

C'est cette combinaison qui explique pourquoi le ramassage manuel reste, encore aujourd'hui, la base de la lutte au potager, et pourquoi les solutions se raisonnent plutôt qu'elles ne s'improvisent — un sujet développé dans la page dédiée au traitement du doryphore.

Quelles plantes attaque-t-il ?

La pomme de terre est sa cible de prédilection, mais le doryphore s'attaque à l'ensemble des solanacées : il peut aussi dévorer les feuilles d'aubergine, de tomate, de poivron ou de plantes sauvages de la même famille comme la morelle. C'est pourquoi la rotation des cultures — éviter de replanter des solanacées au même endroit d'une année sur l'autre — est l'un des premiers leviers pour limiter son installation. Le détail de cette relation avec la pomme de terre et les autres cultures fait l'objet d'une page à part de ce guide.

Est-il dangereux ? Que faire ?

Pour le jardinier, une bonne nouvelle : le doryphore est totalement inoffensif pour l'homme. Il ne pique pas, ne mord pas et ne transmet aucune maladie ; on peut le ramasser à main nue sans crainte. La seule réserve est qu'on ne le consomme pas : comme la plante dont il se nourrit, il concentre des substances toxiques. Le danger qu'il représente est donc entièrement dirigé vers les cultures.

Face à une attaque, plusieurs voies existent : le ramassage, les remèdes de grand-mère, les traitements de biocontrôle ciblant les jeunes larves. Elles sont détaillées et évaluées, sans sur-promesse, dans la page traitement du doryphore et celle des remèdes de grand-mère de ce guide. En cas d'invasion qui déborde au potager en région lyonnaise, un avis sur place peut aider à faire le point.

La solution de traitement dédiée en cas de forte attaque :

Insecticide anti-doryphore (action choc)Insecticide anti-doryphore (action choc)Concentré à diluerVoir le produit →

Questions fréquentes

Le doryphore est-il dangereux pour l'homme ?
Non. Le doryphore ne pique pas, ne mord pas et ne transmet aucune maladie : on peut le manipuler sans risque. Le seul point d'attention est qu'on ne le consomme pas, car comme la plante dont il se nourrit il concentre des substances toxiques. Le vrai danger qu'il représente est pour les cultures, dont il peut dévorer tout le feuillage.
Quel est le prédateur naturel du doryphore ?
Il en a très peu en Europe, et c'est l'une des raisons de sa nuisibilité. Venu d'Amérique, il n'y a pas d'ennemi naturel bien adapté, et il concentre dans son corps les substances toxiques de la pomme de terre, ce qui le rend peu appétant pour les oiseaux. Quelques auxiliaires s'y attaquent malgré tout (certaines punaises prédatrices, des carabes), et au jardin les poules et surtout les pintades en consomment.
D'où vient le doryphore et pourquoi ce nom ?
Il est originaire de l'ouest de l'Amérique du Nord, où il vivait sur des solanacées sauvages avant de se répandre avec la culture de la pomme de terre. Il est arrivé en France par la région de Bordeaux vers 1922. Son nom vient du grec « doryphoros », le porteur de lance ; par extension, « doryphore » a aussi servi d'expression populaire, notamment pendant la Seconde Guerre mondiale.
À quoi reconnaît-on un doryphore ?
L'adulte est un coléoptère bombé d'environ 1 cm, aux élytres jaunes marqués de dix rayures noires — d'où son nom scientifique decemlineata, « dix lignes ». Sa larve est bien différente : molle, rouge à orangé, bossue, avec une tête et des pattes noires et deux rangées de points noirs sur les flancs. Les œufs, jaune orangé, sont pondus en petits amas sous les feuilles.